Les sens masqués

Bon, voilà, cela prend une dimension politique tout cela. Ou du moins un positionnement est nécessaire. Le mien en tous cas.

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Mais comment en est-on arrivés là ? Je voudrais vous partager mon dernier semestre professionnel et la façon dont les mesures mises en place contre le Covid ont affecté, affectent et affecteront mon activité professionnelle, et notamment l’éducation sensorielle.

Mars 2020

Depuis 2018, je travaille essentiellement dans les écoles, notamment maternelles pour des séances d’éveil au goût. Pendant le confinement, les écoles, centres aérés, associations, etc. dans lesquelles je travaille pour le moment étaient fermées. J’ai seulement travaillé sur une mission qui pouvait se dématérialiser, de la co-conception d’outils pédagogiques.

Juin 2020

Depuis le déconfinement, le masque est obligatoire si l’on est à moins d’un mètre d’autres personnes, même en école maternelle, car je suis une intervenante extérieure. Un mètre c’est beaucoup, notamment pour un enfant de 4 ans, ou autour d’un carré potager.

Juillet 2020

J’ai animé des ateliers d’éveil au goût ou des ateliers culinaires en portant moi-même un masque. Les enfants fort heureusement étaient trop jeunes pour avoir à en porter un, je rappelle que cela est fortement déconseillé pour les jeunes enfants.

J’ai testé donc l’éveil au goût avec des jeunes enfants 3-6 ans avec mon masque sur la bouche et le nez. J’éveille donc aux 5 sens, en étant privée de 2… Et je constate clairement l’importance du mimétisme, de l’imitation en Maternelle : si je sens, les petits sentent ; si je goûte, les plus timides osent goûter. Si je ne le fais pas, la majorité timide et apeurée par un aliment nouveau ne le fait pas et on perd un grand résultat de l’éducation sensorielle.

Août 2020

C’est la rentrée scolaire, les institutions redémarrent, les propositions arrivent. Sauf que le protocole sanitaire de l’Éducation Nationale, c’est « à compter de la rentrée scolaire 2020-2021 », et cette formulation ne me semble pas provisoire, et sans doute pérenne dans le temps, du moins dans l’année scolaire… et c’est un masque pour les intervenants extérieurs, même si on va hors des salles de classe. Donc plus d’interventions scolaires pour le moment.

Et puis il y a les autres événements, ceux en plein air, avec des groupes d’enfants, ceux dans des institutions, qui me demandent des protocoles… Je sensibilise au sensoriel, à la nature, à l’environnement. Cela ne me semble pas soluble dans un gel hydro-alcoolique, avec des gants en latex et un masque jetable. Très honnêtement, tout cela n’a plus de sens pour moi.

Et maintenant ?

Je vais donc continuer à créer du contenu ici (j’ai 13 jours de formation à vous relater !), pour des groupes de travail, pour les jardiniers, pour les parents, pour les professionnels, pour le monde d’après…

Je veux continuer à créer des potagers, des espaces de nature, des « zones non effondrables« , des oasis sensorielles, des espaces de respiration. Mais je ne peux pas œuvrer masquée. C’est humainement trop dur pour moi. J’ai besoin de sourires, de grimaces, de confiance, de bienveillance.

Me voilà donc à décider d’une JACHÈRE PROFESSIONNELLE. Je l’ai fixée à 5 mois, d’août à décembre 2020. Cela permet au monde du dehors de poursuivre sa folie s’il le souhaite, de décréter, réglementer, interdire, distancier, etc.

Jachère, mot féminin d’origine gauloise
Terre non cultivée temporairement pour permettre la reconstitution de la fertilité du sol.

Larousse

La fertilité de Goût Nature, je vous assure qu’elle est potentiellement grande ! Nouveaux ateliers, outils pédagogiques, malette sensorielle, prestations de service, guide de jardinage, production agricole, guerrilla gardening, ville comestible, jardin pédagogique, verger lontan, travail qui relie, atelier de compostage des émotions, … jusqu’à une école dans la nature.
Je voudrais préfigurer tout cela avec vous, si vous avez des envies, un terrain, des plants, du capital, un avis, de la bienveillance, une référence en ligne, un bouquin…

Jusqu’à janvier

Je vais donc continuer à travailler, chez moi, sans masque et en pyjama, comme un semi-confinement. Je continuerai à poster ici, peut-être même plus souvent. Je vais coudre, planter, lactofermenter, dessiner, expérimenter, regarder le coucher de soleil et le lever de lune. Et j’aimerais aussi énormément échanger sur vos avis, vos sensations, vos envies, vos besoins. Parce que ma jachère n’est pas un ermitage !

Et puis, on verra bien, je vous donne rendez-vous par exemple le 4 janvier 2021, pour voir ce que le monde sera devenu ou en train de devenir. J’aurai sans doute de nouveaux choix à faire, des choix conscients, pour me respecter et me sentir en accord avec mes valeurs, avec la terre et avec l’humanité, rien que ça.

D’ici-là, écrivez-moi !

Je vous laisse en vous proposant de revoir l’extrait de Matrix, peut-être avec un sourire doux-amer à vos lèvres non masquées…

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