Comment (oser) tailler ses arbres ?

Je suis heureuse de vous partager mes apprentissages d’une formation sur la taille des arbres par Michaël Scheer de Runziliens. Bien sûr, rien ne remplace la pratique encadrée et l’expérience, mais voici quelques rudiments.

La bonne raison de tailler ?

Certaines personnes peuvent se montrer réticentes à tailler les arbres, qui n’ont rien demandé… Alors oui et non… J’ai conscientisé la plantation d’un arbre comme une domestication, action volontaire pour satisfaire des besoins humains. Ainsi, pourquoi ne pas poursuivre et assumer pleinement cette action intéressée ? La taille a plusieurs bénéfices :

  • augmenter la production fruitière. La taille constitue pour l’arbre un stress, qui induira via des phytohormones à une augmentation de la fructification. Par ailleurs, elle réoriente également le flux de sève vers les fruits existants, qui seront plus gros, plus sucrés également
  • maintenir ou améliorer la santé de l’arbre. La taille est salutaire en cas de blessure, de casse de branche ou d’attaque de maladie ou de ravageurs. Elle prolonge dans ce cas là, la vie de l’arbre, qui serait sinon fragilisé.
  • préserver un mur, une maison, un autre sujet. La taille réduit le volume et la hauteur de l’arbre pour permettre de le maintenir sans qu’il prenne trop d’aplomb. Néanmoins, un arbre croît, et cela n’est donc pas durable indéfiniment.
  • prélever sans tuer. C’est le cas du bois de chauffe, de rameaux médicinaux, de feuilles ou encore lorsqu’on prévoit des boutures ou une marcotte.
Un peu d’exotisme, ça fait du frais, non ?

La bonne période pour tailler ?

M. Potier, dans son calendrier, conseille de réaliser les tailles au mois de mars. Toutefois aux tropiques les tailles se font toujours en vert, et il est bon de respecter le cycle de l’arbre ! Au moment où j’écris, les citrons galets, longanis, jamblons sont en fructification et le pied de carambole a fleuri une seconde fois. Je vais donc patienter après production pour les tailler, ou alors tailler uniquement les extrémités et rameaux non porteurs de fruits pour encourager la maturation des fruits existants.

Concernant la lune, le moment idéal est avant tout en lune descendante, lors de faibles coefficients de marées et si possible en nouvelle lune. Consultez le calendrier lunaire, utile pour ces informations (les constellations et dont les jours feuille, fleur, racine sont plus anecdotiques).

La bonne méthode pour tailler

La règle d’or lorsqu’on taille, qu’on élague, pour une taille, pour une bouture ou autre, c’est de couper proche des nœuds (centre de cicatrisation du végétal), sans laisser de chicot, ou de porte-manteau, un rameau ou une branche sans bourgeon, sans feuille et donc sans tire-sève, qui va mourir et représenter un risque : de chute pour l’élagage, de maladies pour tout végétal. Plus d’informations via le CAUE de La Réunion, amoureux des arbres.

Manguier quarantenaire drastiquement élagué pour la construction de la maison. Il a magnifiquement donné deux ans plus tard. Contrairement au chaton, les termites ont hélas élu refuge dans l’écorce… Affaire à suivre.

Pour faire des coupes bien nettes, on mettra la lame du sécateur contre l’arbre (à garder) et la contre lame vers la section à enlever, car le sécateur a tendance à écraser avec la contre lame.

Avant tout chose : affûtez votre sécateur (avec une lime, une queue de rat ou une pierre) et désinfectez-le (à la solution hydro-alcoolique… si populaire actuellement). Il est bon de traiter avant la taille (contre les cochenilles ou autre).

Les bonnes étapes de la taille

  1. La première étape, c’est de faire du ménage, du bas vers le haut, en coupant toutes branches mortes (pour les grosses sections, le sécateur à enclume est indiqué, mais votre sécateur à contre-lame ou une petite scie-couteau sera très bien). Supprimez aussi les branches très malades.
  2. Une fois fait cela, on va s’écarter de l’arbre, et l’observer : comment il pousse (par étage, en rameaux alternes, opposés, verticillés…) de façon générale et comment dans sa situation actuelle il s’équilibre (ou pas) et s’harmonise (ou pas). Il peut être gêné par un mur, une roche, un autre arbre, etc et va donc s’adapter. Nous, on peut l’aider à s’adapter, s’équilibrer, prendre sa place.
  3. Après l’observation de ce qu’est l’arbre actuellement, on va se questionner sur ses fonctions et nos besoins : ombre, fruits, haie, palissade, ornement, bois de chauffe, tuteurs, feuilles… On ne va pas conduire de la même façon un arbre qui sert à cacher le voisin et un arbre fruitier dont on aimerait cueillir facilement les fruits, à hauteur d’humain. Observer la structure de l’arbre permet de sectionner au-dessus du bourgeon qui partira dans la direction voulue, et non au hasard.
  4. Tailler en conséquence de ces fonctions et besoins actés, assumés ! On peut donc étêter un jeune arbre fruitier pour laisser les fruits à portée de main, lui proposer à l’arbre une croissance en largeur plus qu’en hauteur, ou le palisser, ou instaurer une taille en gobelet. Procéder par étape, une taille légère, puis prendre à nouveau du recul et voir s’il est nécessaire d’aller plus loin. On a déjà enlevé ce qui était mort ou malade. À ce stade, on va supprimer les branches qui croisent ou qui frottent contre un support (source d’infections). On élimine aussi celles qui ne vont pas dans la bonne direction. Sectionner les rameaux de l’année à mi-longueur pour améliorer la production de fleurs et fruits.
  5. Boucher les blessures ou les coupes à grande section avec du mastic, ou de l’enduit, ou même du plâtre. Solarisez, brûlez ou compostez à haute température les parties malades. Utilisez les branches pour le barbecue du dimanche et les rameaux en BRF au pied des plantes.

Une réflexion sur « Comment (oser) tailler ses arbres ? »

  1. justement ma soeur me faisait remarquer que mon avocatier grimpait trop haut et que j’aurai par conséquent des problèmes pour la cueillette, j’avoue que j’ai du mal à tailler un arbre que je suis je suis si fier d’avoir planté. J’assume pas sa domestication et j’aime sa nature libre et sauvage 😉

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